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Thursday, March 4, 2010

OGMs: un excellent documentaire nominé pour un Oscar

« Si j’avais voulu faire un documentaire sur le terrorisme nucléaire, cela aurait été plus facile ! ». Cette phrase résume ce à quoi a dû faire face Robert Kennel, le producteur de « Food Inc. », documentaire nominé pour un Oscar ce dimanche sur la machine que représente aux Etats-Unis le secteur agro-alimentaire et son industrialisation. C’est particulièrement d’actualité au regard de la récente décision européenne concernant la pomme de terre OGM.

Il est souvent difficile de faire preuve de courage politique aux Oscars (voir ceci), mais heureusement, on peut encore compter sur les documentaires.


Photo site officiel de Food Inc.

Loin d’être un novice, Kennel a produit environ 15 films, mais ce documentaire est de loin celui qui lui a couté le plus en frais d’avocat ! Pour lui donner le jour, il a du se mesurer à des lobbies et des grands groupes superpuissants comme Monsanto, qui a imposé son soja transgénique et dont le degré de contrôle sur l’industrie du soja aux Etats-Unis est difficile à retranscrire avec des mots (mais très bien retranscrit dans le film). Monsanto envoie des investigateurs chez les agriculteurs et les contrôle avant même qu’ils ne soient formés en sponsorisant les écoles d’agriculture !

Que nous apprend Foods Inc.?

Inspiré pour ce projet par le livre "Fast Food Nation", Kennel a aussi collaboré avec l’écrivain Michael Pollan (The Omnivore's Dilemma) pour ce projet. On y voit le témoignage d'une mère dont le fils est mort suite à un empoisonnement, et on y apprend qu’il est normal que des dizaines de poules meurent tous les jours dans la plupart des fermes qui en élèvent aux Etats-Unis à cause des conditions d'élevage inhumaines. Beaucoup d'agriculteurs ou producteurs ont d'ailleurs refusé de coopérer ou d’autoriser les cameras dans leurs établissements.

Food Inc. nous apprend aussi que dans le cadre d’un procès prônant la création d’un label obligatoire d’information au consommateur pour la viande clonée, les professionnels de l’agro-alimentaire ont dit au juge que ce label ne serait pas « dans l’intérêt du consommateur » et risquerait de lui faire peur pour rien ! c'est ainsi que la FDA (Food and Drugs administration), a décidé de ne pas imposer ce label en 2006.

Le secteur agro-alimentaire aux Etats-Unis

Ce n’est pas une surprise, la question de la nourriture et du secteur agro-alimentaire aux Etats-Unis est beaucoup plus dramatique qu’en France. 90% de la nourriture disponible dans les supermarchés utilise des produits dérivés de maïs et de soja, éléments servant de base pour le sel, le sucre ou bien les glucides que l'on retrouve partout. Le Coca Cola aux Etats-Unis par exemple utilise du « corn syrup », sirop de maïs abject qui remplace le sucre.

Ce qui m’a le plus bouleversée dans ce documentaire c’est le désespoir de ces agriculteurs américains qui se rendent compte de la gravité de la situation mais n’ont pas le choix et doivent se plier aux loi du marché, c’est à dire à la course aux couts minimums.

Le pouvoir des consommateurs

Robert Kenner, dont le documentaire a déjà bien remué les choses, reste malgré tout optimiste. Il pense que le consommateur peut triompher et cite l'exemple du secteur du tabac. Dans ce secteur, en dépit des rapport frauduleux qui ont été publiés pendant longtemps et laissaient croire que le tabac ne nuisait pas à la santé, le peuple a triomphé des lobbies, ce qui s'est concrétisé par de nombreux projets de loi, dont une interdiction de faire de la publicité pour les cigarettes à la télévision mise en pratique en 1971.

Kenner croit au pouvoir des consommateurs. Il croit que le consommateur "vote trois fois par jour", à travers ses décisions sur les aliments qu’il achète et qu'il mange. J’aime beaucoup cette philosophie qui consiste à prendre la mesure de l'engagement que représentent nos comportements de consommateurs. Chaque achat est un acte engagé. Reste à ne pas l’oublier. Reste aussi qu’être un consommateur responsable revient beaucoup plus cher et est, pour beaucoup de foyers, inenvisageable.